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Les éditions Grèges

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Article paru dans le N° 048 15 novembre-31 décembre 2003

Éric Dussert

On ne connaît encore que les Poèmes et proses de la folie (1969) de l’Anglais John Clare (1793-1864) et, désormais quelques fragments de ses écrits autobiographiques traduits par Pascal Saliba. Belle et curieuse figure que John Clare, né dans le " morne village " de Helpstone, élevé dans un monde où " le fait de lire des livres (...) n’apporterait rien de plus à l’idiot que j’étais que la possibilité d’entrer à l’hospice ". Il se fit interner en 1841. Fou, l’était-il déjà quand, enfant, il fut pris d’une " vraie fureur " de lecture ? La Bible, les canards à deux sous puis décisives, les Saisons de Thomson qui le confient aux muses. Mais un poète paysan... quel éditeur prendra le risque d’une oeuvre rurale ? Et puis la folie fait recette. On ne se presse pas pour traduire cette poésie nouée sur une extase panthéiste dont on aperçoit grâce à P. Saliba qu’il faut aller y voir. Certes, la langue de sa prose se délite, l’orthographe chahute, mais c’est le signe d’un allant formidable et de la perte d’identité dont souffriront Nerval et d’autres romantiques. De même, la curieuse épopée de Clare à la recherche de son épouse imaginaire Mary Joyce à travers la campagne anglaise évoque d’autres parcours étranges : Albert Glatigny, Germain Nouveau ou Léon Deubel, tous chemineaux à plume et à grain. Et quand Clare évoque le secret de ses premières écritures, on ne peut que songer aux pages hédonistes et rudes de Dominique Poncet perché dans ses arbres le crayon dans les pattes (Les Pentes fabuleuses). En attendant de lire les poèmes ruraux de John Clare, visitez-le et votez Pan.

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